Une loi qui change les règles du jeu pour les travailleurs

Le 21 mars 2024, l’Assemblée nationale du Québec a adopté la Loi visant à prévenir et à combattre le harcèlement psychologique et la violence à caractère sexuel en milieu de travail, entrée en vigueur le 27 mars 2024.

L’article 20 de cette loi modifie la Loi sur les normes du travail en ajoutant l’article suivant :

97.1 – Afin d’assurer la protection de toute personne en milieu de travail, une disposition d’une convention ou d’un décret ne peut avoir pour effet d’empêcher un employeur, lorsqu’il impose une mesure disciplinaire à une personne salariée en raison d’une inconduite liée à de la violence physique ou psychologique – incluant la violence à caractère sexuel –, de tenir compte d’une mesure disciplinaire antérieure pour un acte similaire.

Impact sur notre convention collective

Notre convention collective prévoit une clause d’amnistie à l’article 4.05 :

4.05 – L’employeur retire du dossier de la personne salariée, à l’expiration d’une période d’un (1) an, tout avis de mesure disciplinaire ou de réprimande, à condition qu’il n’y ait pas eu d’offense similaire dans l’année. La période est prolongée d’autant que dure toute absence continue de plus de 30 jours.

Avec l’adoption de l’article 97.1, cette amnistie ne s’applique plus pour toute mesure disciplinaire liée à une prétendue « violence ».

Un pouvoir démesuré pour l’employeur

La lutte contre la violence au travail fait consensus.
Cependant, cette loi confère à l’employeur un pouvoir excessif, car :

  • La notion de violence n’est pas clairement définie dans la loi.
  • Aucun guide d’interprétation n’est prévu, laissant place à une appréciation arbitraire.

Conséquence : des situations ou comportements liés à un manque de ressources ou à un simple malentendu peuvent être assimilés à de la « maltraitance » ou «malveillance», telle que définie dans la politique de l’employeur pour lutter contre la maltraitance envers les aînés ou toute autre personne en situation de vulnérabilité.

Par exemple

Faute de personnel, vous ne répondez pas immédiatement à la demande d’un usager pour ses soins d’hygiène ou pour un déplacement. L’employeur pourrait considérer qu’il s’agit de maltraitance et vous imposer une suspension de deux semaines, assimilant votre geste à de la violence psychologique en vertu de l’article 97.1.

Selon l’employeur, cet avis de suspension restera dans votre dossier et pourra être utilisé contre vous pour le reste de votre carrière — et ce, sans aucune condamnation judiciaire.

Une réalité alarmante

Ces situations ne sont pas rares au CISSSMO. Depuis le 1er janvier 2025 :

  • Plus de 350 griefs ont été déposés par le SCFP 3247 pour contester des mesures disciplinaires.
  • Soit en moyenne 2 griefs par jour, 7 jours sur 7.
  • 250 travailleurs et travailleuses sont touchés.

De plus, selon une réponse de Santé Québec du 8 mai 2025 :

  • 12 357 plaintes et interventions ont été traitées en 2024-2025 par les commissaires aux plaintes à l’échelle de la province.
  • Contre 8 243 en 2023-2024.
  • Une hausse de 50 % en un an.

Comment se protéger?

Face à cette nouvelle réalité, voici quelques conseils :

  1. Évitez les milieux de travail toxiques ou conflictuels.
    Les tensions internes sont des terrains propices aux plaintes.
  2. Travaillez en binôme le plus souvent possible.
    Évitez d’intervenir seul·e auprès des usagers.

3. Ne vous présentez jamais seul·e à une rencontre dite “administrative” avec l’employeur.
Exigez la présence d’un représentant syndical. De plus, l’expérience traumatisante d’une telle rencontre n’est pas négligeable. Nous vous recommandons de remplir une déclaration d’événement accidentel (DEA) dès l’apparition de symptômes (ex. : pleurs, anxiété, insomnie, perte d’estime de soi) et de consulter votre médecin au besoin.

4. En cas de mesure disciplinaire :

  • Assurez-vous qu’un grief soit déposé. La seule façon de faire disparaître une lettre disciplinaire est d’obtenir gain de cause par grief.
  • Conservez une copie de la lettre et du grief.

Dans le doute, consultez toujours votre représentant syndical.

PH

47 demandes de correctifs par la CNESST!

Le 25 octobre 2023, l’inspectrice Andréanne Brault de la CNESST s’invite à visiter le centre d’hébergement de Coteau-du-Lac.  L’intervention a pour but : de vérifier la mise en application de la Loi sur la santé et la sécurité au travail et la règlementation applicable à la sécurité des machines, à l’utilisation de produits assujettis au SIMDUT et à la tenue des lieux.

Le 2 novembre suivant, l’inspectrice transmet son rapport d’inspection (RAP1445882).

En premier lieu, l’inspectrice fait état de l’organisation de la santé et sécurité du travail au CISSSMO.  L’employeur présente ses politiques en matière de santé et sécurité au travail.  Il fait état des formations dès l’embauche des nouvelles personnes salariées.  Il fait mention qu’il n’y a pas de comité local au CH Coteau-du Lac, mais qu’un comité paritaire CISSSMO se tient environ aux 6 semaines.  L’employeur prétend que des rencontres sont tenues régulièrement avec les équipes sans plus de précision.  Enfin, l’employeur soutient que les gestionnaires font des tournées d’inspections informelles quotidiennement…

Au cours de cette seule visite au CH Coteau-du-Lac, l’inspectrice a émis 47 dérogations!  L’avis de correction concerne des matières des plus basiques en matière de santé et de sécurité au travail comme :

  1. Des voies de circulations encombrées.
  2. Des tubes fluorescents non protégés.
  3. Des sorties de secours obstruées.
  4. Escabeau et marchepied non gradés.
  5. Matériel entreposé dangereusement.
  6. Extincteurs à incendies.
  7. Dégagement de panneaux électriques.
  8. Étiquetage de produits dangereux (SIMDUT).
  9. Et j’en passe.

Est-ce là un cas isolé?  Depuis la dernière année plusieurs inspections de ce type se sont déroulées dans d’autres installations du CISSSMO.  Et à chaque fois, on retrouve en grand nombre ce même type de demandes de correctifs de la part de la CNESST.  Voir les Rapports : RAP1430434, RAP1408150, RAP1442354, RAP1443055…

Il y a clairement un problème au niveau de la gestion de la santé et de la sécurité au travail au CISSSMO.  Il serait grand temps que l’employeur prenne cette question au sérieux.

Photo: CNESST

L’importance de la déclaration d’événements accidentels et des situations dangereuses en milieu de travail !

La plupart d’entre vous devez être familier avec le concept de déclaration des accidents/incidents sur les lieux de travail, mais malgré la sensibilisation que nous faisons jour après jour sur l’importance que revêts le fait de déclarer, combien d’entres vous le font systématiquement ? 

Tout d’abord, en tant que personnes salariées, quelles sont les situations que nous devons déclarer officiellement ? 

La réponse est très simple, tout événement ou situation où nous sommes à même d’identifier un danger pour notre santé et notre sécurité, ou celle de nos collègues, que ce soit concernant notre intégrité physique ou notre intégrité psychologique ! 

Il ne suffit pas de déclarer que les situations où une blessure physique est observable, mais bien de déclarer toute situation qui aurait pu ou pourrait représenter un risque, un danger. 

Exemple #1 : Je travaille dans un milieu où des usagers sont susceptible d’agresser avec des objets, mais la logistique des lieux est faite de sorte que, sur les postes de travail on retrouve constamment du matériel accessible… Ici nous sommes face au risque de se faire lancer un projectile, ce n’est pas nécessairement arrivé, mais le risque est présent.  

Exemple #2 : Je travaille à l’accueil dans une installation et un usager impatient ou un membre de sa famille fait preuve d’irritabilité et manifeste des propos ou des gestes agressifs à mon égard …Ici nous sommes face à un incident de violence et même si je n’ai pas été agressé physiquement de manière officielle, j’ai subi un événement qui est susceptible d’occasionner des séquelles psychologiques. 

Toutes les situations de la plus infime à la plus extrême se doivent d’être déclarées et nous touchons ici à l’article 49 de la Loi sur la santé et la sécurité au travail qui est l’obligation du travailleur : 

Le travailleur doit:

…5° participer à l’identification et à l’élimination des risques d’accidents du travail et de maladies professionnelles sur le lieu de travail;…

Donc la déclaration d’événement accidentel et de situation dangereuse concerne directement l’alinéa 5 qui est, la participation à l’identification et l’élimination des risques. L’identification des dangers à notre milieu de travail permet la recherche et la mise en place de mesures correctives qu’oblige la Loi. 

La nouvelle réforme qui est la Loi modernisant les règles en santé et sécurité du travail est encore plus explicite en ce qui concerne la prise en charge de la santé et de la sécurité par le milieu de travail lui-même. C’est d’abord et avant tout de la responsabilité des intervenants (tant les travailleurs que les représentants de l’employeur) travaillant directement dans une installation d’y identifier les risques et de voir s’ils peuvent eux-mêmes y apporter les mesures correctives nécessaires. 

Une fois cet exercice fait s’ils ont besoin d’une autre instance pour les aider à mettre en place les mesures correctives qui s’imposent ils doivent veiller à faire un suivi en conséquence. 

Nous nous retrouvons souvent devant des situations où les personnes salariées craignent de déclarer les situations, car encore aujourd’hui certains gestionnaires font preuve d’intimidation et  laissent sous-entendre de possibles représailles … Il faut savoir qu’un tel comportement, de la part d’un chef, est totalement illégal et réprimandable, alors il ne faut pas hésiter à dénoncer une telle attitude ! 

Un gestionnaire a l’obligation légale de faire une enquête d’analyse dès qu’il reçoit une déclaration d’événement et de faire un suivi sérieux, rigoureux et avec diligence (dans les 10jrs). 

Pour vous assurer de la prise en charge des situations n’hésitez pas de mettre, en plus de votre chef de service, le bureau du PPMÊT (de prévention, promotion et mieux-être au travail – la notion de bureau de santé volet prévention devant être trop simple à nommer), ainsi que vos représentants syndicaux en copie conforme dans l’envoi de votre déclaration. 

Ian Robert 

Agent de prévention en SST (SCFP3247)  

Temps supplémentaire obligatoire (TSO)

ATTENTION !! LES GESTIONNAIRES IMPOSENT DU (TSO)  À TOUT VENT!!!

EN VERTU DE LA LOI SUR LES NORMES, VOUS POUVEZ REFUSER SI :

  • On vous demande de travailler plus de 2 heures au-delà de vos heures habituelles OU plus de 14 heures par période de 24 heures, selon la période la plus courte;
  • On vous demande de travailler plus de 50 heures par semaine (sauf si ses heures de travail sont étalées);
  • S’il a des motifs raisonnables de croire que l’exécution de ce travail l’expose à un danger pour sa santé, sa sécurité ou son intégrité physique ou peut avoir l’effet d’exposer une autre personne à un semblable danger (la personne salariée doit démontrer qu’il existe un danger et non seulement un risque);
  • Lorsque sa condition médicale lui empêche de faire du TSO (un certificat médical sera demandé et l’employeur peut en tout temps demander une réévaluation de cette condition physique à moins que le diagnostic soit permanent);
  • Lorsque sa présence est nécessaire pour remplir des obligations reliées à la garde, à la santé ou à l’éducation d’un membre de sa famille. Le salarié doit toutefois démontrer qu’il a pris des moyens raisonnables à sa disposition pour assumer autrement ces obligations et ne peut refuser systématiquement. Le salarié a l’obligation de trouver des moyens, mais pas des résultats.

VOUS NE POUVEZ PAS REFUSER DE TRAVAILLER UN TSO SI :

  • En cas de danger pour la vie, la santé ou la sécurité des travailleurs ou de la population;
  • En cas de risque de destruction ou de détérioration grave de biens ou d’immeubles, ou dans tout autre cas de force majeure;
  • Si ce refus va à l’encontre de son code de déontologie.

L’employeur a le droit d’imposer 2 heures de TSO seulement s’il a fait le tour de toutes ses autres ressources.

L’employeur peut exiger du TSO s’il juge que les usagers sont en danger réel et non seulement s’il croit qu’il y a un risque pour les usagers.

Lorsqu’on vous impose du TSO, il est important de mentionner immédiatement, avant le TSO ou au début que vous ne ferez pas plus de 2 heures.

Vous devez accepter de faire un TSO de 2 heures, mais si vous jugez qu’il n’y avait pas un réel danger pour les usagers ou un cas de force majeur ou que l’employeur n’a pas fait le tour de ses ressources afin d’éviter le TSO, vous pouvez faire un grief pour réclamer des dommages.

Finalement, pouvez-vous refuser de faire un TSO ?

Il n’y a pas de réponse unique à cette question. Chacune des situations doit être analysée au cas par cas.

Soyez vigilant et interpellez votre syndicat si vous avez des questions!

 

– Votre exécutif syndical